Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Campania Roots – nouvelles musiques traditionnelles du Sud de l’Italie

Le renouveau des musiques populaires dans le sud de l’Italie doit beaucoup à la redécouverte de traditions comme la tarentelle par Ernesto De Martino et Diego Carpitella à la fin des années 1950, ainsi que la remise au goût du jour d’instruments anciens comme la lira ou la zampogna par le folk revival des années 1970. La région de Campanie, outre les chansons typiques de sa capitale Naples, a également exploré son riche passé musical dès la fin de cette décennie. Une des formes musicales qui ont ainsi été ramenées à la vie est la tammurriata, une danse traditionnelle de la Campanie, accompagnée par le rythme du tammorra, le grand tambourin de la région. La tammurriata est une danse de la famille de la tarentelle, basée sur un rythme strictement binaire interprété par les percussions quelquefois accompagnées de sonnailles, de clochettes, de guimbarde, de flûtes ou encore du putipù, un tambour à friction comparable au cuica brésilien ou au rommelpot flamand. Parmi les acteurs principaux de ce revival se trouve le groupe Nuova Compagnia di Canto Popolare, fondé en 1967 par Carlo D’Angiò rapidement rejoint par Eugenio Bennato, Roberto De Simone et Giovanni Mauriello (auquel s’ajouteront encore d’autres plus tard). Créé dans l’intention de revitaliser la musique populaire du Sud, ils se mettront en quête des racines musicales les plus anciennes de Naples et de la Campanie. En 1976, D’Angiò et Bennato, qui avaient quitté la compagnie, monteront le groupe Musicanova, qui poursuivra l’oeuvre de la NCCP tout en cherchant un son plus moderne. Eugenio Bennato sera également un des fondateurs du mouvement Taranta Power qui revisite les traditions musicales du sud de l’Italie et du reste de la Méditerranée. La NCCP continuera de son côté dans une optique plus proche de la world music. Un autre groupe très important de la région est le Gruppo OperaioE Zezi, groupe napolitain constitué d’ouvriers travaillant notamment à l’usine Alfa Romeo « Alfasud » établie à Pomigliano d’Arco. Leurs intentions étaient dès le départ politiques, cherchant à promouvoir à travers leur musique une vision du monde qui corresponde à la classe ouvrière. Leur premier disque est sorti en 1975 et portait le titre très symbolique de Tammurriata dell’Alfasud. On y retrouvait également les débuts d’un jeune saxophoniste: Daniele Sepe, qui fera par la suite une carrière solo très conséquente, conjuguant expérimentation et tradition. Sa fusion de rock, de classique, de jazz et de world music aura une influence sur de nombreux autres groupes et musiciens. (Benoit Deuxant)

E Zezi - Tammuriata dell'Alfasud
Nuova Compagnia di Canto Popolare - Tammurriata Nera
Eugenio Bennato - Suite per Orchestra e Voci Popolari - Ritmo di Contrabbando
Daniele Sepe - Tarantella Calabrese

Europe du Sud