Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Mis à jour le 27 juillet 2016

Compas, mini-jazz et latin funk, les musiques les plus populaires d’Haïti

A la fin des années 1950, en même temps que la prise de pouvoir de « Papa Doc » Duvallier, nait le compas. Cette musique très populaire à Haïti trouve ses origines dans le méringue et intègre des influences de Cuba, de la République Dominicaine et du jazz importé par Américains. C’est sous l’impulsion du musicien Nemours Jean-Baptiste que se crée le style: il développe les orchestres en introduisant plus de percussions et des guitares électriques. Il joue avec divers groupes, de l’Orchestre Citadelle à l’Orchestre aux Calebasses. Son rival, Webert Sicot crée le cadence rampa aux rythmes proches du mambo cubain.

Au milieu des années 1960, au moment où Papa Doc installe un régime de plus en plus dictatorial et répressif, apparaît une nouvelle génération d’artistes (Shleu-Shleu, Les Ambassadeurs…) qui font évoluer le compas en jouant avec des groupes plus réduits et en s’inspirant du rock and roll américain, anglais et français. Le style sera nommé « mini jazz », en l’honneur de la mini-jupe mais en référence également au nombre de musiciens plus limités. Un instrument prédomine, différent selon les groupes: Les Vikings et Les Shleu-Shleu mettent en avant le saxophone, tandis que Les Difficiles de Pétion Ville préfèrent la guitare. Ces groupes avaient chacun leur lieu de prédilection pour jouer et étaient souvent liés à une ville. Cependant, beaucoup d’artistes fuient Haïti pour s’installer aux Etats-Unis ou au Canada et composent leur musique depuis les grandes métropoles américaines.

Les années 1970 marquent le retour de groupes plus grands, avec une section de cuivres développée. Ils jouent partout dans les Antilles Françaises et aux Etats-Unis. Le label Mini Records, fondé à New York par Fred Paul, aidera à la diffusion du style. S’inspirant du label Fania, son fondateur a créé un groupe de musiciens de studio, les Mini All Stars, qui ont joué sur de nombreux disques. Le compas de l’époque est souvent fort influencé par le latin funk et la salsa, tel que le joue notamment Tabou Combo, un des groupes les plus importants d’Haïti, fondé en 1967. Toujours actifs aujourd’hui, ils proposent un mélange de compas, méringue, rara et influences d’autres musiques des Caraïbes et d’Afrique.

Dans les années 1980, le style s’adapte aux nouvelles technologies en utilisant de plus en plus de synthétiseurs et de boîtes à rythmes et incorpore de nombreuses influences externes: funk, jazz fusion, zouk, soukous congolais, salsa, reggae, calypso… (ASDS)

Nemours Jean-Baptiste et son ensemble - Madame Marie (1958)
Webert Sicot – Pa Fait'm Ca (1960)
Les Shleu Shleu - Compas X (1967)
Les Vikings d'Haïti – Récréation (1973)
Tabou Combo - New York City (1975)
Claudette et Ti Pierre - Zanmi Camarade (1979)
Magnum Band - Piké Dévan (1981)
Coupe Cloue - Min Rat La (1987)

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