Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Derviches et soufisme ou la communion avec Dieu

Le soufisme est un courant mystique dans l’Islam qui nait au 7e siècle alors que cette religion connait ses premiers bouleversements avec l’expansion de la communauté musulmane et le contact avec d’autres civilisations. Dimension intérieure, le soufisme est la recherche de la pureté qui conduit à l’obéissance et à la confiance absolue en Dieu, une voie initiatique qui permet d’accéder au monde de l’esprit, loin du monde illusoire d’ici-bas. C’est un retour à une foi profonde et pure, un amour irrationnel, fondé sur la fusion entre l’individu et Dieu, allant jusqu’à la folie de l’extrême renoncement.

En Turquie, il existe diverses confréries dont les plus importantes sont la Kadiri, la Mevlevi (derviches – le mot signifie « tourner » en turc), la Bektashi (alévisme) et la Halveti. Leurs approches du soufisme diffèrent. Les Alevis-Bektashis ont des pratiques religieuses non conformes à l’Islam officiel, gardant l’esprit d’insoumission des populations nomades d’Asie Centrale qui l’ont amené en Anatolie. La musique a une place prépondérante dans leur liturgie et est interprétée par les ashik. Les hymnes chantés ou nefes sont des compositions de poètes du passé. Des cérémonies religieuses, ou djem, sont organisées, rassemblant divers musiciens et chanteurs et auxquelles les femmes sont invitées, à l’égal des hommes.

Les derviches de la confrérie Mevlevi, sans doute la plus connue en Occident, ont une pratique différente et assez extraordinaire visuellement. Leurs invocations sont ponctuées par le balancement des fidèles, balancement qui peut évoluer vers une danse en cercle assez impressionnante. Les derviches tentent d’atteindre un état de grâce divine, de communion extatique avec dieu, que l’on pourrait qualifier de transe, en utilisant comme technique principale l’invocation répétée du nom d’Allah ou zikr. La musique qui accompagne ces textes poétiques est basée sur le système des makams, ou modes de la musique classique turque. Il s’agit de longues improvisations nommées taksim, qui jouent le rôle de préludes ou d’interludes dans une suite de pièces vocales ou instrumentales. Jouée par un ensemble, elle laisse une place importante à la flûte en roseau ney qui peut d’ailleurs également être jouée en solo et transmet une grande impression de sérénité. Le poète soufi Rumi comparait le son cette flûte au son des paroles d’un sage et d’un amoureux de Dieu. Kudsi Erguner est un des interprètes les plus connus ainsi que spécialiste et connaisseur de ces musiques, poursuivant le travail de son père.

Extraits d'une cérémonie soufie filmée au Mevlevihanesi de Galata à Istanbul (18 décembre 2012)
Aka Gündüz Kutbay, Doğan Ergin, Necdet Yaşar & Abdi Coşkun - Ney ve Tanbur ile Saz Eserleri
Chants et danses du djem alévi

Proche-Orient