Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Mis à jour le 25 septembre 2015

Le didgeridu, de la tradition à la world music

Trompette naturelle sans embouchure distincte, le didgeridu est pratiqué dans le Nord de l’Australie. Il s’agit d’une branche d’eucalyptus creusée par les termites. Les Aborigènes les sélectionnent en frappant sur le bois. La branche, coupée à une longueur d’un mètre à un mètre cinquante, présente un diamètre intérieur variant de trois à sept centimètres. De la cire d’abeille ou de la gomme d’eucalyptus est souvent placée sur les parois de l’embouchure. L’extérieur est en général finement décoré de symboles propres aux différents clans.

Le musicien utilise cet instrument de façon étonnante, en y soufflant autant qu’en y chantant ou criant. Les techniques de souffle recommandent notamment la respiration circulaire qui permet de jouer sans discontinuer.

Le musicien produit un son de base dans les tons bas (en faisant bourdonner les lèvres), créant une sorte de bourdon au-dessus duquel il superpose des sons plus aigus (avec les lèvres serrées), des cris, des sons vocalisés, des imitations d’animaux (oiseaux, dingos,…) qui produisent divers « beats ».

Le tout forme des schémas très complexes qui varient de région à région et suivent les fonctions du jeu. Celui-ci, en effet, peut servir à accompagner chants et danses lors de cérémonies à caractères multiples mais également des jeux d’enfants, imitations, etc. L’instrument, qui est désigné par une quantité impressionnante de noms différents selon les groupes aborigènes (yidaki, magu, kanbi, yiraki, ihambilbig…) doit son nom le plus connu à l’un des schémas de sons vocalisés utilisé par les musiciens et assimilé par les Anglais qui le désignèrent alors sous le terme didjeridu.

Pour certains accompagnements, en effet, le musicien dit (dans l’instrument) « didjemro didjemro », pour d’autres « digeridu dideru » ou encore « didjeramo rebo », etc.

Les sons de cet instrument et de cette incroyable technique sont aujourd’hui répandus dans le monde entier, joués autant dans les milieux rock que jazz ou « world » par des musiciens de tous horizons. En Australie même, le didgeridu a quelque peu quitté son berceau du Nord pour être utilisé par la plupart des peuples aborigènes. Il est devenu pour beaucoup d’entre eux, l’occasion de s’ériger en musicien, soliste ou accompagnateur, de renommée, voire en virtuose professionnel.

Certains, comme Alan Dargin, poussent la démonstration jusqu’à prouver qu’il est possible de jouer avec un tube en plastique.

Le didgeridu fait partie du paysage musical planétaire. Il titille des amateurs d’exotisme mais il reste néanmoins un instrument majeur des traditions aborigènes.

(Etienne Bours, 1997)

Démonstration de didgeridu par Mark Atkins
Le jeu du didgeridu par David Hudson
David Hudson, Aircave (1993)

Australie et Nouvelle-Zélande