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Le kroncong, une musique urbaine d’Indonésie

Krontjong Orchest Eurasia Nina Bobo 1935

Le kroncong est une musique urbaine indonésienne qui a connu son heure de gloire dans la première moitié du 20e siècle. Il séduit par son atmosphère éthérée et troublante et surprend l’oreille occidentale par sa progression d’accords insolites malgré les origines européennes du style. Cette musique n’est que peu connue en Occident mais elle possède une douce beauté dans sa forme la plus simple.

 

Sa création remonte à la fin du XIXe siècle mais les différents ingrédients qui l’ont nourri étaient déjà présents dès le XVIe siècle, époque des comptoirs commerciaux portugais. Comme toutes les musiques urbaines, le kroncong est un syncrétisme, un hybride qui a été créé par des populations elles aussi métissées. Les Portugais ont navigué de par les mers pour faire du commerce et ont installé des comptoirs en Indonésie. Ils ont apporté en même temps leurs instruments (des violons et autres instruments à cordes) et leurs mélodies. La rencontre des marins portugais, indiens et malais et des esclaves africains, a donné naissance à un groupe spécifique d’Eurasiens lusophones qui se sont installés à Batavia (Jakarta) et ont épousé des Indonésiennes. A la fin du 19e siècle, ils s’étaient suffisamment intégrés à la vie locale pour être considérés comme indigènes. C’est ce groupe qui est à la base du kroncong.

 

Au début du XXe siècle, lors des premiers enregistrements, c’est une musique de caractère encore rural. Dans les années 1920, les trios de guitare, flûte et violon des origines se transforment en petits orchestres, comprenant en plus des instruments initiaux un piano, une trompette, un violoncelle, une clarinette, un banjo, une mandoline et d’autres instruments. Les artistes deviennent professionnels et le son devient urbain. Les nouveaux interprètes ne sont plus seulement eurasiens mais aussi indonésiens et indochinois, apportant leurs propres influences.

 

Dans les années 1930, le kroncong est soumis à de nouvelles influences, surtout grâce à la diffusion des 78 tours. La guitare hawaïenne et le tango argentin sont en vogue dans le monde entier et l’Indonésie ne fait pas exception. A cette époque, la plupart des interprètes de kroncong sont des femmes. Elles se font appeler “Miss ” : Miss Ninja, Miss Jacoba, Miss Louise… Elles interprètent du kroncong, du blues kroncong, du slowfox kroncong, des tangos, des valses et parfois un mélange de kroncong, de tango, de yodel et de chanson hawaïenne. Avec l’arrivée du cinéma parlant au début des années 30, le kroncong prend un nouveau départ et gagne en popularité.

 

Après la guerre, le son devient plus indonésien mais s’appauvrit en même temps à cause de l’interdiction des influences européennes pendant l’occupation japonaise. Il est considéré comme politiquement correct par Sukarno (1949-1965) et est promu comme une forme d’art culturellement significative. Sous son régime, le pays reste isolé des influences occidentales, permettant au kroncong de se développer comme une musique nationale à part entière.

 

Depuis la fin des années soixante, le public, les interprètes et les compositeurs ont vieilli et le répertoire a cessé de s’accroître. D’autres genres de musique comme le dangdut ou la pop rapportent plus de gloire et d’argent. Le kroncong continue cependant à être joué dans les night-clubs, les salles de concerts et dans les communautés rurales. Beaucoup de villages ont leurs propres musiciens et par conséquent, il y a de nombreuses variations régionales. Aujourd’hui, des rappeurs indonésiens se sont emparés du style. (ASDS)

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Asie du Sud-Est