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Mis à jour le 1 mars 2017

Le rebetiko d’après-guerre, une nouvelle respectabilité

Vassilis Tsitsanis en 1941, avec autographe

Après la parenthèse de la dictature de Metaxas et de la Seconde Guerre mondiale, le rebetiko fait son retour dans la musique populaire grecque. Il devient cette fois une musique socialement acceptable, jouée non plus dans les tékés, les fumeries de haschisch du Pirée, mais dans les tavernes bourgeoises d’Athènes. L’architecte principal de cette reconnaissance est Vassílis Tsitsánis, un virtuose du bouzouki qui imposera un nouveau style de rebetiko, plus présentable, et surtout plus occidentalisé. Les modes orientaux vont progressivement disparaître et les textes vont abandonner les thèmes louches, la célébration de la drogue et de l’alcool, le désespoir et le monde interlope des bas-fonds, et se recentrer sur des chansons parlant d’amour, heureux ou (le plus souvent) malheureux. Si l’ « européanisation » du rebetiko se fait au prix d’un changement radical de l’esthétique de la musique, Tsitsanis insiste sur l’idée qu’il en a gardé l’essence mélancolique.

 

Parallèlement à cette évolution, l’instrumentation elle-même va se modifier dans une direction radicalement occidentale lorsque le musicien Manolis Chiotis décidera d’ajouter une quatrième paire de cordes au bouzouki, et d’en modifier l’accordage, ce qui permettra d’en jouer comme d’une guitare, dans un style plus virtuose. Il entamera la voie vers l’électrification du rebetiko.

 

De nouveaux rebetes font leur apparition, comme Sotiría Béllou, Stella Haskil, Marika Ninou, Prodromos Tsaousakis. Le jeune Stelios Kazantzidis débutera avec un répertoire de rebetiko avant de jeter les bases d’un style plus enclin à la virtuosité vocale et sera un pionnier du Laïko Tragoudi, la chanson populaire des années 1950 et 1960, qui prendra la place du rebetiko. Celui-ci restera toutefois une référence pour de nombreux compositeurs pratiquant parfois des genres musicaux fort éloignés en apparence, comme Theodorakis ou Hadzidakis.

 

Le rebetiko reviendra régulièrement à l’avant de la scène, notamment avec le revival des années 1970, lorsque de nombreuses rééditions en LP des 78 tours d’avant-guerre introduira le rebetiko auprès d’une nouvelle génération, et déclenchera des vocations chez les jeunes musiciens qui chercheront à accompagner des artistes plus anciens dont ils relanceront la carrière. C’est le cas de Giorgios Mouflouzelis, par exemple, ou encore de Sotiria Bellou. Beaucoup de ces jeunes voyaient dans la musique des rebetes une forme de révolte et de protestation contre la dictature militaire de l’époque. Son interdiction par le régime des colonels viendra encore renforcer son attrait.

 

Vers 1975, après la période de la Junte, le revival va s’amplifier et des auteurs déjà confirmés comme George Dalaras vont eux-aussi enregistrer leur version du répertoire, avec une authenticité plus ou moins grande selon le cas, mais avec généralement une tendance à édulcorer les textes originaux. Le rebetiko reste aujourd’hui un genre très populaire en Grèce, et connaît également depuis plusieurs années un grand intérêt international. (BD)

Vasilis Tsitsanis - Pira tin strata ki erchomai
Sotiria Bellou - To Minore Tis Avgis
Sotiria Bellou - O Bohoris
Stélla haskíl - Kaígomai kaígomai
Manolis Chiotis - Otan eimai sta kefia
Mary Linda & Manolis Chiotis - Thlipsi
Giorgos Dalaras - Eimai Prezakias

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