Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Les années 1950: émergence de la palm wine music

Freetown, ville cosmopolite, est au cœur du mélange de différentes traditions. Ses habitants sont de culture créole ou Krio et, à cause de leurs origines, se sont fortement inspirés des musiques calypso des Caraïbes. Cette influence se fait sentir dans un style local, le maringa ou palm wine music, apparaissant dans les années 1950. Le nom vient d’une habitude des Sierra-Léonais: ils aiment en effet se réunir autour d’un feu de bois pour raconter des histoires et des blagues ou chanter des chansons tout en buvant du vin de palme, un alcool issu de la fermentation du jus de palme. L’origine de ce style est difficile à cerner. Les échanges avec les musiciens et soldats de Trinidad expliquent l’influence du calypso mais il ne faut pas sous-estimer l’apport du peuple Kroumen (ou Kru) du Libéria. Ceux-ci étaient de grands navigateurs, souvent au service d’étrangers, notamment des Portugais qui ont amené les guitares (ou autres instruments à cordes tels la mandoline ou le banjo) sur la côte ouest africaine. Ils sont également à la source du highlife ghanéen.

 

 

Le premier artiste à avoir popularisé cette musique hybride, encore très influencée par le calypso mais déjà ancrée en Sierra Leone, est Ebenezer Calendar (ou Calender) and his Maringar Band. Surnommé « Calypso King », Calendar (1912-1985) était issu d’un mariage mixte: son père était un soldat de la Barbade et sa mère d’ascendance Krio. Avant de devenir musicien, il était menuisier, fabricant de cercueils mais ce sont ses compositions musicales qui lui ont apporté le succès. Dans les années 1950 et dans la période faste de l’après-indépendance, il a écrit et interprété avec son groupe de très nombreuses chansons – « Double decker bus » était une des plus populaires. Ses calypsos diffèrent de ceux de Trinidad au point de vue mélodie, rythme et forme vocale. Les sujets par contre sont identiques: ils parlent de la vie quotidienne, de scandales, d’événements politiques ou sociaux, souvent avec des textes plein d’humour et de sous-entendus.

 

L’évolution vers la palm wine music se fait avec un autre grand artiste, S.E. Rogie (Sooliman Ernest  »Rogie » Rogers) (1926-94). D’origine Mendé, il a intégré les guitares électriques dans la musique et est devenu une star internationale. Il émigre en 1973 aux Etats-Unis, pays dans lequel il développe son goût pour le blues, et s’installe en Grande-Bretagne en 1988. Sa musique est toujours restée ancrée dans les traditions de la palm wine music de la Sierra Leone mais il y a intégré des éléments de pop et folk occidentaux. Il a été fortement influencé par la country et le yodel de Jimmie Rodgers dans sa jeunesse (« I wish I was a cowboy »). Ses mélodies à la guitare acoustique sont prenantes et sa voix de baryton très agréable. (ASDS)

Calendar and His Maringar Band - Double decker buses
Ebenezer Calender & his Maringar Band - Money Can Done Day
Famous Scrubbs & His Band--The Cost of Living's Killing Me
S.E. Rogie - My lovely Elizabeth
S.E. Rogie - Nor weigh me lek dat
S.E. Rogie - I wish I was a cowboy
Sierra Leone Palm Wine Guitar Woman

Afrique de l'Ouest