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Musica campesina: punto et tonadas

Joseito Fernandez - Guajira Guantanamera

Il existe dans les campagnes cubaines de nombreuses expressions musicales, souvent regroupées sous le nom de « musica campesina ». Leur histoire remonte aux origines de la colonisation du pays: les Européens ont amené avec eux leurs traditions musicales et elles se sont transformées au cours du temps, s’adaptant à la région.

 

Le punto guajiro est un des premiers genres vraiment cubains – « guajiro » étant le nom donné aux paysans. Par la suite, il a été associé autant aux Cubains blancs que noirs ou mulâtres. Ce style s’est constitué au début du 18e siècle dans les plantations de tabac et est particulièrement présent dans l’ouest et le centre de l’île. Art poétique improvisé, il trouve ses origines en Espagne, probablement en Andalousie, et a pénétré Cuba par l’intermédiaire de l’immigration venant des îles Canaries, combinant les influences de ces deux régions. Les chanteurs, nommés repentistas, organisés en groupes qui s’opposent, sont accompagnés d’instruments à cordes (guitare, tres, luth) et de percussions (clave, güiro, maracas). Ils interprètent des mélodies fixes nommées tonadas, basées sur des vers à dix strophes (decimas). Ces joutes poétiques (controversias) se déroulent de la manière suivante: un premier chanteur interprète un dizain sur un thème donné et son adversaire doit ensuite utiliser le dernier vers de son opposant pour développer une idée contraire. Les thèmes les plus courants sont l’amour, les relations entre hommes et femmes, la beauté des femmes, les événements récents, les conditions de vie, la beauté du paysage…

 

Ce style est parmi les premiers à avoir été enregistrés par les compagnies de gramophones américaines comme Victor et Columbia au début du 20e siècle. La radio prend ensuite le relais et jusqu’aux années 1950, c’est par ce canal qu’est diffusé le punto dans les milieux paysans et les centres urbains qui accueillent des émigrants de la campagne en quête de travail. Il connaît même à cette époque un âge d’or qui peut être mis en parallèle avec la popularité de la musique old time diffusée à la radio américaine. C’était en effet un style très populaire et peu coûteux à produire. Des artistes comme Guillermo Portabales ou Ñico Saquito chantent un vaste répertoire, l’adaptant et y intégrant des éléments du son. Une des chansons les plus connues du répertoire cubain, « Guantanamera », composée par Joseito Fernandez, est à la base un morceau en style punto guajiro mais a été fortement simplifié et adouci.

 

Dès les premières années de la révolution cubaine, les amateurs de punto ont été soutenus par le gouvernement communiste et des festivals ont été organisés, de même que de nombreux passages à la radio. Celina Gonzalez est la voix féminine la plus reconnue dans ce style qu’elle a enregistré au début de sa carrière et elle est nommée la reine de la musica campesina. Son répertoire s’en est souvent éloigné mais il est resté ancré dans cette tradition.

 

Aujourd’hui, les accompagnements diffèrent selon le style et la région. Les instruments traditionnels ont été rejoints par la marimbula (un lamellophone), les bongos et même des violons. (ASDS)

Martin Silveira - A Una Orgullosa - Columbia C963
JOSEITO FERNANDEZ - Guajira Guantanamera 1966
EL JILGUERO CIENFUEGOS Perlas Cubanas. El Punto Cubano
Ramon Veloz"El Punto Cubano y Zapateo"
Justo Vega y Adolfo Alfonso - La Ultima Controversia
Celina y Reutilio, Que viva chango 1949
Iran Caballero y Juan Antonio Diaz Punto Guajiro, Decima Cubana, Controversia Junio 2017

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