Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Musique classique arabe, petits ensembles takht et renouveau de la tradition

Dès la seconde moitié du 19e siècle, Le Caire est la ville africaine la plus « moderne » du continent, la ville la plus ouverte aux influences diverses. Elle est à l’époque sous domination ottomane – Ismail Pacha qui a régné entre 1869 et 1879 était un mélomane reconnu – et le pays a été mis sur la carte mondiale avec l’inauguration du Canal de Suez en 1869, alors au centre des conflits d’intérêts anglo-français. Au Caire se croisent Egyptiens de souche, Ottomans, Arméniens, Grecs, Libanais, Syriens, Juifs d’Afrique du Nord, Anglais, Français et bien d’autres. Les cultures de chacun influencent la scène musicale et les musiques existantes évoluent vers de nouvelles formes.

 

Musiques instrumentales et vocales tiennent une place importante depuis toujours dans la vie culturelle et les grands dignitaires locaux soutiennent les arts en entretenant au moins un chanteur et un petit ensemble traditionnel nommé takht. Celui-ci est généralement composé d’un qanoun (cithare à cordes pincées), d’un violon ou vièle rebab, d’une flûte ney, d’un oud et d’un tambour sur cadre riqq. Cet ensemble accompagne les chanteurs dans le wasla ou suite musicale sur un même mode. Composé de pièces instrumentales et de chants, cette suite met en avant solistes et chanteurs selon le moment et propose un dialogue entres instruments et voix.

 

Il accompagne également les chanteurs dans d’autres types de chants, le dwar (chant dialectal semi-composé et mesuré, interprété en alternance entre un soliste et un chœur), le layali (improvisation vocale – un élément de la wasla), le mawwal (improvisation vocale dialectale non-mesurée), le qasida (ode en arabe classique), le taqtuqa (chanson populaire légère)… Cet ensemble évolue au cours du temps mais est à la base de l' »orchestre oriental » qui accompagne la chanson moderne.

 

Le point d’orgue dans l’évolution de cette musique sera le Congrès du Caire de 1932, le premier grand congrès de musicologie. Musiciens et musicologues (Béla Bartók et Paul Hindemith étaient présents) y ont discuté pendant plusieurs semaines de la musique arabe, de son style et de sa définition, de l’opposition entre l' »arabité » et l’occidentalisation. Plusieurs musiciens avaient commencé à rénover les traditions en y incluant des éléments européens, harmonies et instruments en premier, tout en empruntant au folklore méconnu du sud de l’Egypte. Salâma Higâzi, Saïd Darwîch, Yusuf Manyalawi, Abdelhay Hilmi ou Abd al-Latif al-Bannâ sont des pionniers de ce genre nouveau. Mohamed Abd el-Wahab et Oum Kalthoum prendront le relai dès les années 1930. Notons le travail important de la Fondation Amar établie en 2009 dans la restauration et la publication de ce répertoire. (ASDS, choix des clips BD)

Shaykh Salama Higazi (Salama Hejazi) - Ya Badr Wasel
Abd el Hay Hilmi - Sallemt Ruhak
Abu el ila Muhammad - Ya malih al lama
Tarek Abdallah & Adel Shams El-Din - Taqsim Rast et Khush Rank

Afrique du Nord