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Musiques de jeunes: shaabi et jeel

photo: Atane Ofiaja

A partir des années 1980, la scène musicale égyptienne change très fort: l’apparition de la cassette permet une plus grande diffusion de la musique. Plus besoin d’écouter les émissions de la radio d’état aux programmes formatés – même si les longs morceaux des superstars du Caire tiendront encore longtemps une place prépondérante dans le cœur des Égyptiens. Le Caire est devenu une mégalopole surpeuplée et tonitruante, souvent complètement congestionnée par les embouteillages et assourdie par les klaxons incessants des voitures. Le niveau de décibels de la musique a augmenté pour se faire entendre dans ce vacarme.  Les jeunes ont voulu marquer leur différence avec une musique qui parle de leurs préoccupations. Ils se rebellent contre la corruption ambiante et l’inefficacité des instances gouvernementales. Ce mouvement de contestation se fera en musique et en plusieurs étapes.

 

Le shaabi – à ne pas confondre avec son homonyme maghrébin – naît au lendemain de la défaite de 1967 face à Israël. L’humiliation qui en découle pousse les Égyptiens à se distraire en écoutant des chansons plus légères qui intègrent des éléments de la musique traditionnelle – essentiellement inspirés du baladi ou danse du ventre – et qui sont fort éloignées du classicisme sérieux. Les paroles sont en arabe dialectal et sont directes, parfois grossières ou salaces. Le shaabi se diffuse rapidement parmi les classes ouvrières du Caire.

 

Les chanteurs se basent sur le mawal, des improvisations vocales qui se retrouvent dans la musique arabe classique mais elles prennent ici un côté plus folk et blues. Les textes sont souvent tristes malgré des rythmes qui peuvent être très rapides. Le premier artiste à trouver du succès dans ce style est Ahmed Adaweyah qui, dès 1971, utilise le dialecte des rues dans des textes fort irrévérencieux et parsemés de métaphores et de jeux de mots. Ceci n’a évidemment pas plu au gouvernement qui a souvent interdit ses chansons. Le shaabi a évolué vers un style beaucoup plus lisse dans les années 1990, trouvant un public plus large avec des chanteurs comme Amr Diab et Hakim.

 

Parallèlement à ce mouvement folk-blues, les jeunes, fatigués d’écouter des musiques occidentales dont ils ne comprennent pas les paroles, créent des chansons locales accompagnées de samplers, boîtes à rythmes et synthétiseurs. Ce style est nommé shababi ou jeel (musiques de jeunes) et il ressemble fort au pop-raï algérien. Un des instigateurs du mouvement est un jeune Libyen qui avait fui le régime de Khadafi en 1974, Hamid el-Shaeri. Il travaille avec la scène locale égyptienne et obtient le succès tant escompté en 1984 en composant le hit « Lolaiki » interprété par Ali Hamaida.

 

Le style shababi a eu une influence sur la scène européenne et des projets très mélangés ont vu le jour. La chanteuse anglo-belgo-égyptienne Natacha Atlas propose une version très ethnopop et plus accessible aux oreilles occidentales, en solo ou avec son groupe Transglobal Underground. (ASDS)

 

Crédit photo: Atane Ofiaja

Ahmed Adaweya – Zahma
Ahmed Adaweya – Tegy Ya Hwa
Shaaban Abdel Rehim – Kefaya
Kat Kut el-Amir
Amr Diab – Habibi ya omri
Amr Diab - Kammel kalamak
Hakim - El Salam Alieko
Ali Hamida – Loulaky
Hamid El Shaeri – Leilah
Transglobal Underground - Lookee Here
Natacha Atlas – Amulet
Natacha Atlas - Ana Hina

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