Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Cuba

La Havane, Cuba – photo: James Garman

 

Par sa position centrale dans les Caraïbes, Cuba a été à travers son histoire mouvementée un lieu fondamental dans les échanges de populations et de cultures qui ont façonné le monde moderne. Formé de plusieurs îles, dont Cuba, la plus grandes des Antilles, le pays est bordé par la mer des Caraïbes, l’Océan Atlantique et le golfe du Mexique. Conquis par Christophe Colomb en 1492, l’archipel était auparavant peuplé par des Amérindiens qui disparurent en moins de 50 ans de contact avec les Européens.

 

Son histoire est étroitement liée à celle de la conquête du Nouveau Monde par les Européens, et à son exploitation au cœur d’un système triangulaire qui liait l’Europe à l’Afrique et aux Amériques. Son fonctionnement consistait à échanger des marchandises européennes contre des esclaves africains emmenés de force aux colonies pour y travailler à la récolte de divers produits – sucre, tabac, café – qui étaient ensuite ramenées au point de départ de l’expédition. L’île sera une colonie espagnole jusqu’en 1898 puis un territoire des États-Unis jusqu’en 1902. La révolution de 1959 instaurera une république socialiste, un régime toujours en place aujourd’hui.

 

Si Cuba semble caractérisée par un métissage ethnique et culturel, celui-ci recouvre en fait une série très complexe d’oppositions: entre les différentes races qui y habitent, entre les classes qui la composent, entre les différentes parties de l’île (principalement entre l’est et l’ouest), entre Cuba et sa diaspora, et entre Cuba et ses voisins, Haïti et Porto Rico.

 

Au sein de la population cohabitent des groupes très divers, qui se mélangent jusqu’à un certain point. Les créoles blancs sont principalement d’origine espagnole, basque, canarienne, auxquels s’ajoutent des Français réfugiés de l’île voisine de Saint-Domingue (aujourd’hui partagée entre Haïti et la République Dominicaine), dont ils furent chassés par une révolte d’esclaves qui fût la première révolution noire des Amériques. La population noire est constituée de diverses ethnies africaines, ayant souvent réussi à conserver une partie de leurs traditions intactes malgré le déracinement, et les conditions de vie extrêmement inhumaines durant la période de l’esclavage. L’esclavage sera aboli tardivement et ne cessera dans les faits qu’en 1860. La population noire restera cependant marginalisée politiquement et économiquement.

 

Entre ces populations se sont développées à travers le temps plusieurs formes de métissage, très hiérarchisées, qui se superposent aux différentes classes sociales et expliquent la complexité de la société cubaine. La révolution castriste a cherché à abolir ces inégalités et à instaurer un « peuple cubain » unifiant la nation.

 

La musique de Cuba est l’expression directe de cette histoire et reflète à la fois les origines culturelles des populations et les différentes étapes de métissage qu’elles ont connu. Aujourd’hui la musique afro-cubaine est ainsi reconnue non seulement comme une des plus importantes d’Amérique latine, mais aussi comme celle qui aura eu le plus d’impact sur l’évolution de la musique à travers le globe. La musique dite « latine », bien souvent essentiellement originaire de Cuba, se répandra ainsi dans le monde entier au travers de styles et de rythmes comme le mambo, la rumba, le cha cha, la salsa, et aura ainsi une influence primordiale sur le développement de nombreux genres, du jazz à la musique populaire. (BD)


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