Mondorama, une cartographie documentée des musiques du monde

Mis à jour le 4 novembre 2021

Punk, metal et hip hop – scènes underground

My Buddha is Punk, photo de presse du documentaire d’Andreas Hartmann

Dans un pays dominé par le pouvoir dictatorial de la junte militaire, l’expression des idées politiques est interdite, y compris par l’intermédiaire de chansons, et dans les années après la grande insurrection de 1988, les albums étaient soumis au contrôle des censeurs du gouvernement avant leur sortie. Ceci n’a pas empêché la création d’une scène musicale très variée, tout particulièrement dans les grandes villes.

 

Dans les années qui ont mené aux élections de 2010, une culture underground a vu le jour à Rangoon (Yangon). Des groupes punk et métal ont commencé à se former ; ils donnaient des concerts en se cachant de la police. La scène punk est particulièrement inspirée par les Sex Pistols, The Clash et The Buzzcocks. Le documentaire My Buddha is Punk d’Andreas Hartmann suit quelques-uns de ces musiciens de Rangoon, offrant un portrait sensible et touchant d’une communauté soudée, se débrouillant avec les moyens du bord pour jouer leur musique. Parmi les groupes connus, il faut citer No U Turn et Rebel Riot dont le chanteur-guitariste Kyaw Thu Win—mieux connus comme Kyaw Kyaw – est devenu une figure controversée suite à des photos où il est habillé en moine bouddhiste et parce qu’il tente de mélanger la culture punk à la religion.

 

D’autres musiciens se tournés vers le métal, une scène qui reste très underground à Yangon mais qui est malgré tout très vivante. Certains se sont inspirés de groupes américains, comme Senanga Privuta qui joue un death metal très brutal ou Jeksetra produisant un black metal sauvage. Quant à Last Days of Beethoven, ils sont plutôt de tendance metalcore. On peut également citer Nightmare, Blood of Century, Maze of Mara ou encore Self Butchered. Pourquoi cet intérêt des jeunes Birmans pour le rock extrême ? C’est difficile à dire, mais les conditions de vie difficiles, le climat tropical marqué par les cyclones et les inondations et le manque de libertés jouent sans doute un rôle.

 

La langue birmane est très adaptée au rap, avec un flow très particulier, et le style s’est inspiré de la poésie traditionnelle thangyat qui était déjà une critique satirique des puissants. La scène hip hop a commencé à émerger à la fin des années 1980, avec Myo Kyawt Myaing, et s’est développée à la fin des années 1990 avec le groupe Acid. C’est aujourd’hui le genre préféré des jeunes. Beaucoup d’artistes copient ce qui se fait en Occident et sont très populaires, comme J-Me, Ye Lay ou Sai Sai Kham Hlaing. Ces artistes n’ont jamais écrit de rap politique, préférant se cantonner à des sujets neutres, mais d’autres ont été arrêtés pour les textes. Dès le début du soulèvement qui a commencé en février 2021, après le coup militaire, divers morceaux sont apparus sur les réseaux, un des plus populaires étant « End game » de Nay Ye Khant, Adjustor, Yung Hugo, GRACEe, D-Vision, Young Yair et EilliE, mettant en cause la junte et scandant des textes disant « La dernière bataille, la dernière bataille, la fin définitive / Le peuple doit gagner, la vérité doit triompher/ La dernière bataille, la dernière bataille, la fin définitive / Nous allons nous révolter et mettre fin à la dictature ». (ASDS)

No U Turn - ခဏလောက်ချစ်ခွင့်ပေးပါ (Official Music Video)
No U Turn - ၀ီစကီနဲ႔မူးယစ္ေဆး
Rebel Riot - A.C.A.B
REBEL RIOT - STREET PUNX
MY BUDDHA IS PUNK Trailer
Senanga Privuta - Pate Tar Wut
JeKsetra - Ajātasattu
Last Days Of Beethoven - New Beginning
A Lin Sat - Acid
Away Gyi ( Ye' Naung & J-Me ), Directed by ARKAR
Yung Hugo- Myoz Taw Yangon [Feat- Nay, Eillie ] (MV)
G-Family Cypher (Phyo Lay)
END GAME

Asie du Sud-Est