Nueva canción chilena – chants de protestation
Années 1960 , Années 1970 , Chanson , Protest song , Flûte de pan , Nueva cancion , Chili
04 novembre 2020

La nueva canción, ou nouvelle chanson, est un courant qui a émergé à la fin des années 1960 en Argentine et au Chili, et qui a également joué un rôle important dans d’autres pays d’Amérique Latine, de l’Uruguay au Nicaragua, en passant par Cuba, même si dans ce pays le ton est différent. En effet, la nueva canción y est un soutien à la révolution marxiste tandis que dans le reste de l’Amérique Latine, il s’agit souvent de chansons de protestation demandant des réformes politiques et sociales, et dénonçant les inégalités, mais aussi des événements mondiaux comme la guerre du Vietnam.
L’Argentin Atahualpa Yupanqui (1908-1992) et la Chilienne Violeta Parra (1917-1967) sont à la base de ce style. Ils se sont intéressés aux traditions rurales de leurs pays respectifs, effectuant de nombreux collectages et réinterprétant les musiques et chansons d’origine ibérique et amérindienne. Violeta Parra a rassemblé plus de 3000 chansons, recettes et proverbes et s’est notamment penchée sur le répertoire des payadores, les poètes de campagnes. Ces chansons étaient fort différentes de celles des villes qui étaient souvent des interprétations transformées et stylisées du folk du Chili central, écrites dans un esprit patriotique et donnant une image idyllique de la campagne.
Violetta Parra a également composé de nouveaux morceaux, souvent engagés, qui sont devenus un modèle pour la nueva canción, célébrant la ruralité et le régionalisme, les paysans et les marginaux. Parmi ses compositions, on peut citer la chanson « Gracias a la vida » qui sera maintes fois reprise par d’autres artistes, notamment Joan Baez. Elle a remis au goût du jour des instruments traditionnels andins et amérindiens, comme la petite guitare charango, la flûte quena et les flûtes de pan zampoña.
Elle a vécu à Paris dans les années 1960, avec ses enfants Angel et Isabel qui reprendront le flambeau de sa carrière musicale, et a été influencée par la chanson française et la scène locale des cabarets. De retour au Chili, elle crée avec son fils Angel une salle de concert dédiée, sur le modèle des clubs parisiens. Ceci facilitera la diffusion de la nueva canción chilena. La période – qui précède l’élection de Salvador Allende – est propice, pleine d’optimisme et d’espoir, mais aussi très chargée politiquement. Les compositions permettent de transmettre des idées progressistes ainsi qu’un programme politique auprès d’une population qui compte à cette époque entre 16 et 33% d’analphabètes selon les régions.
Victor Jara est un autre acteur important du mouvement au Chili. Il commence sa carrière de chanteur dès le début des années 1960. Très vite, plusieurs de ses morceaux provoquent scandale, comme « Preguntas por Puerto Montt » dénonçant le massacre de paysans pauvres dans le sud du Chili. Ses chansons sont simples d’apparence mais les textes parlent des divers problèmes du pays. Comme beaucoup d’artistes chiliens, il était engagé politiquement, défendant l’Unité Populaire de Salvador Allende. En septembre 1973, lors du coup d’état de Pinochet, il est arrêté puis assassiné. Pendant sa détention, il a composé une dernière chanson, « Estadio Chile » qui sera plus tard mise en musique par Isabel Parra.
A la même époque, divers groupes mélangent les musiques andines aux messages de la nueva canción, utilisant des instruments traditionnels comme la flûte de pan ou la quena. Parmi eux, Quilapayún et Inti Illimani sont les plus connus. Ces derniers interprètent « Venceremos » (« Nous vaincrons »), une chanson électorale louant l’Unité Populaire, tandis que Quilapayún a composé « El pueblo unido jamas sera vencido » (« Le peuple uni ne sera jamais vaincu ») dans la cadre de la campagne en faveur d’Allende. Ce titre est devenu plus tard un hymne de protestation à travers le monde.
Suite à la dictature, ces groupes s’exilent en Europe, tout comme chanteurs Sergio Ortega, Patricio Manns, Isabel et Angel Parra et Patricio Castillo. Il faudra attendre la fin des années 1980 et le retour de la démocratie pour qu’ils puissent revenir dans leur pays. La nueva canción chilena a marqué les esprits à long terme et les héros de cette époque sont toujours très présents dans la mémoire collective, même si leurs chansons semblent un peu datées aujourd’hui. De plus, bon nombre de problèmes présents à cette époque existent encore actuellement et les nouvelles générations continuent à interpréter des chansons du répertoire ou à créer de nouvelles. (ASDS)
À Médiathèque Nouvelle
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MI3172 Die Siebziger: Konzert für Chile Pläne, 1998 – enregistrements de 1974
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MI3173 Konzert für Victor Jara Pläne, 1999
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MI4060 Victor JARA, Canciones postumas - Canto libre Fonomusic, 1988 – enregistrements de 1970 & 1975
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MI4064 Victor JARA, Canto por travesura - Desde lonquen hasta siempre Fonomusic, 1990 – enregistrements de 1967 & 1973
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MI4075 Victor JARA, Deja la vida volar Pläne, 1996 – enregistrements de 1967-73
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MI4076 Victor JARA, Manifesto Warner Music Chile, 2001 – enregistrements de 1973
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MI4532 Violeta PARRA, Las ultimas composiciones de Violeta Parra ANS Records, 1994 – enregistrements de 1966
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MI4536 Violeta PARRA, Cantos campesinos Alerce – enregistrements de 1956
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MI4357 Angel PARRA, Para el pueblo Auvidis, 1990
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MI4366 Angel PARRA, Venceremos: hommage à Salvador Allende Last Call Records, 2003
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MI4364 Isabel PARRA, Antologia Last Call Records, 1999 – enregistrements de 1962-95
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MI4002 INTI-ILLIMANI, Canto de pueblos andinos Fonomusic, 1990 – enregistrements de 1973 & 1976
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MI4007 INTI-ILLIMANI, Hacia la libertad - La nueva cancion chilena Fonomusic, 1990 – enregistrements de 1974 & 1975
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MI4710 QUILAPAYUN, El pueblo unido jamas sera vencido Dom, 1991 - enregistrements de 1971-77
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MI4721 QUILAPAYUN, La fragua Warner Music Chile, 2000 – enregistrements de 1973