Fakelore, fausses traditions et vraie propagande
Musique folklorique , Fakelore , Roumanie
26 septembre 2019

La Roumanie a connu la domination soviétique à partir de 1949. Celle-ci a entamé une lutte idéologique contre la culture et la musique roumaine. Pour affaiblir et minimiser le sentiment national et l’originalité de la culture roumaine, et ses liens avec la culture latine, le gouvernement a choisi de favoriser les régions les plus slaves du pays, comme la Moldavie, et de russifier les traditions des autres régions. Cette entreprise a donné naissance à ce qu’on appelle un fakelore, une forme de folklore artificiel, élaboré pour des raisons idéologiques. Quoique basé en partie sur des traditions authentiques, ce fakelore les a dénaturées en les mêlant à des éléments extérieurs, pan-russes (et souvent aussi peu authentiques) et en les gonflant à outrance par des arrangements surchargés et des textes patriotiques sentimentalistes à la gloire de l’Union Soviétique, ou plus tard du dictateur Ceausescu. Ce dernier supervisera la mise sur pied de spectacles en hommage à sa propre personne et à sa vision du pays, associant folklore aseptisé, pittoresque douteux et nationalisme larmoyant.
Si ce détournement culturel a favorisé l’étude, et parfois le sauvetage, des traditions musicales du pays, il a également causé de nombreux dommages au répertoire ainsi défiguré et surtout au goût de la population pour cette musique, désormais marquée par son association au régime. Elle a toutefois survécu dans les campagnes, moins touchées par les censeurs du gouvernement et leurs diktats, et a pu resurgir, des années après la chute du Conducător, dans une version libérée des pressions politiques. (BD)