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Canção de intervenção portuguesa : la chanson engagée


Zeca Afonso
Si la musique folklorique a été utilisée par le régime dictatorial de l’Estado Novo, de l’autre côté du spectre politique, les opposants au gouvernement de Salazar (puis de son successeur Caetano) ont également choisi la voie musicale pour contester le système et parler de sujets interdits.

Le militantisme politique contre le régime Salazar a beaucoup utilisé la voie de la poésie et de la chanson pour aborder des sujets sensibles, la liberté, la démocratie, l’égalité, parfois de manière directe, et plus souvent sous forme de métaphores que le public averti traduisait automatiquement. Les chanteurs engagés à gauche ont ainsi créé la canção de intervenção, un style qui associait la musique traditionnelle (de l’Alentejo notamment, mais aussi la balada de Coimbra) et une forme de protest-song empruntant à la chanson française et à la chanson brésilienne.


Malgré la censure et les risques encourus par les artistes,  l’opposition politique a très tôt constitué un répertoire de chants de résistance, où l’accent était mis avant tout sur le texte, accompagné par des arrangements et des mélodies simples d’inspiration traditionnelle et régionale. Le compositeur Fernando Lopes Graça fut l’un des premiers écrivains de ces canção de intervenção, réalisant une suite de chants intitulée « Marchas, danças e canções », interdite par le police politique dès sa parution en 1946, mais qui continua à être interprétée dans les cercles clandestins. 


Beaucoup de musiciens et de compositeurs ont été poursuivis par les autorités, certains ont été arrêtés et d’autres ont été poussés à l’exil. C’est le cas de José Afonso, Paulo de Carvalho, José Mario Branco, Sérgio Godinho, Adriano Correia de Oliveira, Manuel Freire, Pedro Barroso, Francisco Fanhais ou encore Júlio Pereira. La plupart ont développé un nouveau style musical, populaire et urbain, tout en gardant un attachement pour les mélodies traditionnelles portugaises rurales. Beaucoup ont continué à chanter et à enregistrer à l’étranger, notamment en France.


C’est le cas de José Afonso, dit Zeca Afonso, qui après une enfance passée en Angola et au Mozambique, est rentré en métropole pour étudier à Coimbra, où il commence à interpréter du fado dans les années 1950. Il passe ensuite à la chanson contestataire, ce qui lui vaudra de perdre son emploi d’enseignant, puis d’être emprisonné en 1973. Deux ans plus tôt il avait enregistré à Paris, au château d’Hérouville un disque intitulé Cantigas do Maio, sur lequel figure sa chanson la plus célèbre : « Grandola, Vila morena ». C’est l’une des deux chansons - l’autre étant « E depios do adeus » de Paulo de Carvalho - qui seront diffusées en boucle sur les radios du pays, et serviront de signal aux troupes de la révolution du 24 Avril 1974.


La tradition de la chanson politique s’est poursuivie après la Révolution des œillets et a donné naissance à des genres comme la nova canção, le roots revival et enfin le canto livre. Les nouveaux artistes étaient des groupes néo traditionnels : Banda do Casaco, Brigada Víctor Jara, etc, ou de rock engagé comme Quarteto 1111. La popularité de la canção de intervenção a éclipsé un temps celle du fado, jugé trop proche du régime Salazar, ou simplement trop neutre durant la dictature, et il a fallu quelques années pour qu’il fasse son grand retour. (BD) 


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