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Les années 1970 et 1980 : le flamenco fusion et le nuevo flamenco


Camaron de la Isla
Au milieu des années 1970, le flamenco va connaître une nouvelle révolution. Alors qu’il risquait de se transformer en pièce de musée, ou en souvenir touristique, une nouvelle génération, menée par le chanteur Camarón de la Isla, et le guitariste Paco de Lucia, relance le style dans de nouvelles directions.

Le flamenco a toujours été tiraillé entre ses opposants, qui voyaient en lui le sommet de la vulgarité, et ses défenseurs qui voulaient le rendre respectable à tout prix. En 1963, la première étude consacrée au genre est écrite par Antonio Mairena (et Ricardo Molina) : Mundo y formas del cante flamenco. Aujourd’hui encore, malgré certains aspects problématiques, le livre reste la somme la plus importante sur le chant flamenco. Le livre ne cache pas son but : codifier le style, célébrer l’importance centrale de l’héritage gitan, et sauver le répertoire du cante jondo des dérives commerciales de l’opera flamenca et du folklore. 


À la même époque, le régime isolationniste franquiste a ruiné le pays et le dictateur décide d’ouvrir l’Espagne au tourisme pour remplir les caisses. Malgré son aversion pour le flamenco (et toute autre forme de musique traditionnelle régionale), l’image qui sera vendue aux visiteurs mettra en avant les castagnettes et la danse. Cette folklorisation et cette récupération aura bien sûr des conséquences néfastes pour l’authenticité du style, mais permettra à beaucoup de musiciens de se produire dans des conditions plus correctes qu’auparavant. Pour les Gitans, cela représentera également un léger pas en avant par rapport à l’oppression dont ils étaient jusque-là victimes.


Au milieu des années 1970, le climat politique et culturel de l’Espagne va changer radicalement. La mort du dictateur Franco va donner le signal de départ de la Movida et indiquer un nouveau tournant dans l’histoire du flamenco. Le tourisme et l’implantation de bases militaires américaines en Espagne avaient ébréché la fermeture au monde que le régime imposait jusque-là au pays. La pop et le rock se sont alors répandus auprès de la jeunesse espagnole. Il ne fallut pas attendre longtemps pour que des ponts se créent entre le flamenco et les influences étrangères, produisant une vague de fusion entre les styles. 


À l’opposé du conservatisme de Mairena, des musiciens vont emprunter des éléments au blues, au rock, au jazz, mais aussi aux musique latino-américaines et à d’autres traditions espagnoles. Parmi ceux-ci, on peut citer les croisements avec le rock d’Enrique Morente ou Sabicas (avec le guitariste américain Joe Beck), les collaborations de Paco de Lucia avec Al Di Meola et John McLaughlin, ou encore les explorations de la musique andalouse et arabo-andalouse de Juan Peña El Lebrijano. Le manager José Antonio Pulpón a également joué un rôle dans ce renouvèlement en initiant la collaboration du chanteur et guitariste Manuel Molina Jimenez avec le groupe de rock andalou Smash, ou avec la chanteuse Dolores Montoya (dans le duo Lole y Manuel). De la même manière, il suggéra plus tard au chanteur Agujetas de travailler avec le groupe rock Pata Negra.


Mais la rencontre la plus décisive et la plus surprenante fut celle de Paco de Lucia avec le chanteur Camarón de la Isla aux alentours de 1968. Le premier, à 21 ans, avait déjà une réputation bien établie de guitariste virtuose et aventureux, influencé par le jazz et le rock, tandis que le second venait de monter à Madrid et se lançait à 18 ans dans une carrière de cante jondo au tablao Torres Bermejas. Ensemble ils vont produire entre 1968 et 1977 une dizaine de disques (presque tous intitulés El Camarón De La Isla con la colaboración especial de Paco De Lucía) qui vont redéfinir le flamenco et lui imposer de nouvelles exigences de qualité et d’intensité. Quand De Lucia sera réclamé par d’autres engagements, Camarón poursuivra (avec le guitariste Tomatito) une nouvelle carrière solo, entamée en 1979 avec l’impressionnant La leyenda del tiempo, incompris en son temps, pour arriver à ses plus grands succès, le single « Como el Agua » en 1981, l’album Soy gitano en 1989, et Potro de rabia y miel en 1992. Il participe en 1992 au film Sevillanas de Carlos Saura, mais décède d’un cancer la même année à l’âge de 41 ans.


La nouvelle génération de musiciens des années 1980 suivra cette voie ouverte par le nuevo flamenco. On trouve parmi les artistes plus connus Pepe Habichuela, et les groupes Pata Negra, de Séville, qui fusionne le flamenco avec le blues et le rock, Ketama, de Madrid, Jerez et Grenade, qui y ajoute des influences pop, cubaines et africaines (notamment l’album Songhai, avec le joueur de kora malien Toumani Diabate), ou plus récemment Ojos de Brujo ou la chanteuse Martirio. Le label Nuevos Medios, établi en 1982 par Mario Pacheco et Cucha Salazar a beaucoup contribué à la diffusion de cette nouvelle musique. (BD)


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