Musiques d’aujourd’hui - Georgia underground
04 octobre 2023

Entre les années 1970 et la période actuelle, la Géorgie a connu plusieurs bouleversements : la naissance d’une opposition au régime communiste, la chute de l’URSS, l’indépendance, les guerres en Ossétie et en Abkhazie, et enfin la révolution des roses. En quelques temps une génération est passée d’un mode de vie communiste à un modèle capitaliste grevé par la crise économique. Pour les artistes, ces événements et cette transition d’un système à l’autre a été le déclencheur d’une grande créativité, qui n’a longtemps pu s’exprimer que dans l’ombre.
Comme dans la plupart des pays du bloc soviétique, la musique occidentale n’est arrivée qu’au compte-goutte auprès du public géorgien. La jeunesse du pays a découvert le punk, la new wave et la musique électronique avec plusieurs années de retard. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que la musique underground cherchera à sortir des modèles imposés par le régime. Jusque-là les musiciens de rock, comme ceux de musique classique ou traditionnelle, devaient être reconnus par les municipalités, et passer le filtre de la censure. Leur production devait cadrer avec les demandes du parti et toute cette jeunesse devait être surveillée de près. Des formations dites « philharmoniques » comme 75 ont ainsi cohabité avec d’autres, plus underground, comme Bermukha, qui prenaient le risque de jouer sans autorisation, et se voyaient souvent confisquer leurs instruments et poursuivre par la police.
Les premières formations punks ou alternatives naissent dans ce climat, Resepti en 1987, Taqsi en 1988, Outsider en 1989, les deux premier à Tbilissi, le dernier à Koutaïssi. Comme le dit le musicien Dada Dadiani, de Taqsi : « on voulait sortir des seuls choix de l’époque, la polyphonie traditionnelle ou la chanson komsomol ». Avec un petit noyau d’artistes et un public encore très limité, ils vont explorer les nouvelles possibilités du rock « non-officiel », les uns vers le hard-rock, comme Bunkeri, Okeane ou Mitsi, les autres vers la musique électronique.
Comme le montre le film Electronauts de Sergi Gvarjaladze (ancien membre du groupe Genetic Code), la scène électronique a été créée par une poignée de personnes qui ont digéré les influences occidentales (au travers des quelques disques de new wave qui arrivaient dans le pays) et ajouté des touches locales inspirées de la musique traditionnelle géorgienne ou des films de la période soviétique. Leur évolution peut être suivie d’incarnations en incarnations, de groupes en groupes. Dada Dadiani et Irakli Charkviani passent de Taqsi à Sabavshvo Meditsina (Children's Medicine), Georgian Dance Empire est composé de Dada Dadiani et de Sergi Gvarjaladze de Genetic Code, George Dzodzuashvili de Mother On Mondays, devient plus tard Post Industrial Boys, etc. Plusieurs entament des carrières solo comme Robi Kukhianidze ou Baju (ex-Outsider), Dima Dadiani, (ex-membre de Valsi et frère de Dada Dadiani).
Après avoir travaillé en marge du régime, tous ces musiciens vont connaitre dans les années 1990 et 2000 des conditions de travail très particulières. Libérés de la censure et de la surveillance policière, ils se retrouvent néanmoins isolés, dans un pays dépourvu d’infrastructure pouvant les accueillir ou les soutenir, pas de labels, peu de salles de concerts ou de clubs, et pendant de nombreuses années le défi de produire de la musique électronique dans un pays où les coupures d’électricité sont quotidiennes. Pour affronter cette situation, un certain nombre d’entre eux vont se rassembler au sein du collectif Goslab dans lequel on retrouve également Natalia Tusjia Beridze (TBA) ou Nika Machaidze (Nikakoi, Erast, etc.) Lassés, quelques-uns de ces musiciens vont chercher à échapper à cette fatalité en s’exilant à l’étranger. Dada Dadiani à Londres (où il devient producteur de formations Grime, hip hop et garage), Gogi Dzodzuashvili et Natalie Beridze à Cologne, etc. Certains reviendront, d’autres pas.
Il faut attendre les années 2000 et 2010 pour que quelques solutions soient apportées aux difficultés des années précédentes. Des radios libres, de nouvelles chaînes de télévision et la création d’un circuit de clubs, principalement orienté vers la techno et l’electronica, vont permettre le développement d’une nouvelle génération d’artistes qui poursuivent aujourd’hui la démarche de ces pionniers. On parle même d’une hype autour de Tbilissi et de sa vie nocturne (avec entre autres le club Bassiani). La musique underground de Géorgie conserve toutefois de cette période fondatrice la volonté de se débrouiller dans des conditions peu favorables, compensant les manques par un surcroit de créativité. La plupart des artistes sont ainsi préservés par la force des choses de toute pression commerciale et se développent dans leur propre direction, pour leur propre plaisir et celui du jeune public, de plus en plus ouvert à de nouvelles expériences. (BD)
À Médiathèque Nouvelle
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XT170B Tba, Annule Max Ernst.
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XN556R Nikakoi, Sistrichka Efa Records, 2002.
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XT170J Tba Empty, Stupid Rotation Max Ernst, 2006.
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XB342A Natalie Beridze, Forget Fulness Monika Enterprise, 2011.
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XB342B Natalie Beridze, Guliagava Monika Enterprise, 2016.
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XP733M Post Industrial Boys, Post Industrial Boys Max Ernst, 2004.