Une multitude de traditions : polyphonies vocales et instrumentales
Chanson traditionnelle , Polyphonie , Polyphonie vocale , Musique traditionnelle
08 mars 2022

L’Ethiopie est peuplée d’une mosaïque d’ethnies différentes, parlant une centaine de langues, et dispersées sur un territoire immense et montagneux souvent difficile d’accès. Il en découle une diversité musicale très riche mais également très complexe. Comme dans de nombreux autres pays, certaines traditions disparaissent, d’autres sont interdites, notamment par les missionnaires évangélistes, et certaines enfin évoluent au contact de la modernité.
Le nord et le centre du pays sont dominés par une musique qui est interprétée par des artistes professionnels, et qui est souvent plus urbaine, concentrée autour de la capitale Addis-Abeba. Cette région est peuplée par les Amaharas qui ont créé une tradition accompagnée d’instruments comme la lyre krar, la vièle masenqo ou la flûte washint. Ces musiques ont été influencées par l’urbanisation et seront abordées dans un autre chapitre.
Une caractéristique que l’on retrouve chez beaucoup de peuples du sud éthiopien est l’attrait pour la polyphonie, qu’elle soit vocale ou instrumentale. Il serait impossible de détailler toutes les facettes de ces traditions extrêmement variées mais on peut citer la musique des Dorzé, vivant dans le sud-ouest du pays. Leurs chants polyphoniques accompagnent les tâches de la vie quotidienne et sont interprétés lors des travaux agraires et des réjouissances. Ils présentent des similarités avec ceux des Pygmées, avec l’utilisation de yodels. Toujours dans le sud-ouest, vivent les Ari, peuple d’agriculteurs sédentaires. Ceux-ci utilisent toutes les possibilités de la voix dans diverses cérémonies liées au cycle agraire et à la vie quotidienne. Les polyphonies des Aderi, ethnie vivant dans le sud-est, présentent quant à elles des similarités avec celles des chœurs albanais et bulgares, notamment dans leur virtuosité et l’utilisation de divers intervalles particuliers (seconde, tierce majeure ou mineure, quarte et quinte).
Parallèlement à ces polyphonies vocales existent des traditions similaires instrumentales : il y a par exemple chez les Gidole et les Maale des ensemble de flûtes très simples, jouées en hoquet, chaque musicien ne produisant qu’une seule note. Chez les Maale, mais aussi chez les Maji, ces morceaux se passent même parfois des instruments : les participants jouent différents airs en sifflant.
Les Tigré, vivant à l’extrême nord du pays, poussent l’exploitation du corps à l’extrême : ce n’est pas uniquement la voix qui est utilisée mais aussi différentes parties de l’être humain. Jean Jenkins, ethnomusicologue qui a beaucoup enregistré dans la région durant les années 1960, présente par exemple un « chant d’aisselles » réalisé en comprimant l’air entre l’aisselle et la main. (ASDS)
À Médiathèque Nouvelle
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MK9679 Ethiopian Urban And Tribal Music Sub Rosa, 2017. Enregistrement 1971.
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MK9695 Ethiopie: Musiques Vocales Et Instrumentales Ocora, 1964-1971.
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MK9721 Ethiopiques 12: Konso Music And Songs Buda Records, 2000-2001.
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MK9641 Nyabole: Hamar, Southern Ethiopia Wergo Welt Musik, 2003. Enregistrement 1970-1976.
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MK9702 Ethiopie Méridionale. Musique Des Maale Inédit, 2000-2003.
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MK9644 Ethiopie: Polyphonies Ari Ocora, 2002. Enregistrement 2000-2002.
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MK9696 Music From Ethiopia Topic Records, 1994.
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MK9645 Ethiopie: Bergers-Guerriers De La Vallée De L'Omo Fremeaux & Associes, 2009. Enregistrement 2003-2006.
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MK9643 Éthiopie: Polyphonies Des Dorzé Le Chant Du Monde, 1974-1975.